Cheminer vers la sobriété, y accéder et vivre au mieux
L’abstinence est l’objectif que s’assigne l’alcoolo-dépendant pour sortir de sa dépendance et par là même recouvrir sa liberté de sujet, pour accomplir cet acte héroïque, il a besoin d’aide pour vaincre les forces maléfiques qui l’emprisonnaient dans sa dépendance d’objet. S’il n’y a pas de recette magique pour devenir abstinent, il y a par contre une réalité qui s’impose à tout malade alcoolo-dépendant : l’abstinence totale et définitive est l’unique chemin qui s’offre à lui pour sortir de son mal de vivre et recouvrir un mieux être durable. Cependant accepter l’abstinence ne peut se faire du jour au lendemain, l’adaptation à ce nouvel état implique de nombreuses prises de conscience qui ne peuvent se réaliser qu’avec du temps et des formes d’accompagnement adaptée.
Devenir abstinent est un chemin difficile, parsemé d’embûches, cela signifie reconstruire un nouveau mode de vie. L’abstinence passe par un déclic, une vraie décision prise par le malade alcoolo-dépendant, il survient le plus souvent après un ras-le-bol, le sentiment que poursuivre ainsi n’a plus de sens, la perte d’un emploi, d’un logement, d’un proche (divorce, départ d’un enfant, le sentiment qu’il n’y a plus d’autre choix pour essayer de sortir du tunnel de sa souffrance que d’arrêter de boire ou de se suicider.
Arrêter de boire est un préalable mais cet acte courageux ne peut avoir de réelles chances de succès s’il n’est pas suivi par un travail sur soi qui autorise de nouveaux rapports à soi-même et aux autres. Un suivi thérapeutique et la fréquentation de groupes d’anciens buveurs constituent de bons points d’appui pour cette démarche au long cours. Pour que ceci puisse exister il est nécessaire que la personne se reconnaisse comme malade et que sa maladie est curable à la condition qu’il ne reprenne plus jamais d’alcool.
Prendre l’itinéraire de l’abstinence ne peut s’envisager sans alliés ni soutien externe. Le malade alcoolique a sans cesse besoin d’être rassuré sur le fait qu’il ne lutte pas tout seul contre l’alcool, pour reprendre en main le cours de sa vie, il a besoin de temps, de patience et de confiance, ses proches également.
Un des pires ennemi de l’alcoolodépendant c’est le pessimisme, entrevoir l’échec secrète par avance l’impossibilité de s’inscrire dans une démarche de changement alors que son chemin passe par une véritable révolution intérieure qu’il lui est difficile d’accomplir seul.
Ne plus boire pour aller mieux implique l’adoption d’un nouveau mode de vie et la découverte ou redécouverte de nouvelles valeurs
Sylvie Faizang (1996) insiste sur cette révolution culturelle que l’abstinent a besoin d’opérer pour le rester et se réjouir de l’être : « Ils accordent un contenu renouvelé aux concepts tels que l’amitié, le bonheur, la liberté et établissent de nouvelles équivalences entre les mots et les choses qu’ils désignent. L’abstinence n’est plus le refus du plaisir, ni la désocialisation, mais c’est la capacité de faire face à l’ennemi et de ne pas se laisser aliéner à l’alcool par la société. Autrement dit, l’abstinence n’équivaut plus à la perte de la liberté, mais au contraire à sa reconquête. Avec l’abstinence, il y a renversement des valeurs : alors que boire incarnait la vie et le refus de boire représentait la mort, aujourd’hui, boire signifie risquer de mourir et cesser de boire signifie : revivre. Retrouver l’estime de soi, la confiance en soi et en l’avenir.